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~ You feel allright when you hear that music ring ~

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Oct
11th
Mon
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L’âge de raison, Sartre

- Et pour madame ? demanda le garçon. 
Ivich lui sourit, elle aimait qu’on l’appelât madame : puis elle se tourna vers Mathieu d’un air incertain :
- Prenez un pippermint, dit Mathieu, vous aimez ça.
- J’aime ça ? dit-elle amusée. Alors je veux bien. Qu’est-ce que c’est ? demanda-t-elle quand le garçon fut parti.
- C’est de la menthe verte.
- Cette chose verte et visqueuse que j’ai bu l’autre fois? Oh ! Je n’en veux pas, ça poisse la bouche. Je me laisse toujours faire mais je ne devrais pas vous écouter, nous n’avons pas les mêmes goûts.
- Vous aviez dit que vous aimiez ça, dit Mathieu contrarié.
- Oui, mais après j’ai réfléchi, je me suis rappelé le goût. - Elle frissonna. - Je n’en boirai plus jamais.
- Garçon ! cria Mathieu.
- Non,non laissez, il va l’apporter, c’est joli à regarder. Je n’y toucherais pas, voilà tout ; je n’ai pas soif. 

——

- Ce sont des chats, dit Daniel brièvement.
Il descendit du tabouret, jeta 20 francs sur la table et reprit le panier. En le soulevant, il découvrit sur le sol une toute petite goutte rouge : c’était du sang. “Qu’est-ce qu’ils peuvent fabriquer là-dedans”, pensa Daniel avec angoisse. Mais il n’avait pas envie de soulever le couvercle. Pour l’instant il n’y avait dans le cageot qu’une peur massive et indifférenciée ; s’il ouvrait, cette peur allait redevenir ses chats et ça, Daniel n’aurait pas pu le supporter.

——

- Un whisky, dit Mathieu.
Il eut soudain horreur des économies et de cette maigre liasse qui trainait dans son portefeuille. Il rappela le maître d’hôtel.
- Attendez. Je préfère du champagne.
Il reprit la carte. Le Mumm coûtait 300 francs.
- Vous en prendrez bien, dit-il à Ivich.
- Non. Oui, dit-elle à la réflexion. C’est préférable.
- Donnez-nous un Mumm, cordon rouge.
- Je suis content de boire du champagne, dit Boris parce que je n’aime pas ça. Il faut s’habituer.
- Vous êtes gonflants, tous les deux, dit Mathieu, vous buvez toujours des trucs que vous n’aimez pas.

——

“Peut-être qu’on ne peut pas faire autrement : peut-être qu’il faut choisir : n’être rien ou jouer ce qu’on est. Ca serait terrible, se dit-il, on serait truqués par nature. “

——

- Tu as suivi ton chemin, dit Brunet. Tu es fils de bourgeois, tu ne pouvais pas venir à nous comme ça, il a fallu que tu te libères. À présent c’est fait, tu es libre. Mais à quoi ça sert-il, la liberté, si ce n’est pour s’engager ? Tu as mis trente-cinq ans à te nettoyer et le résultat c’est du vide. Tu es un drôle de corps, tu sais, poursuivit-il avec un sourire amical. Tu vis en l’air, tu as tranché tes attaches bourgeoises, tu n’as aucun lien avec le prolétariat, tu flottes, tu es un abstrait, un absent. Ca ne doit pas être drôle tous les jours.
- Non, dit Mathieu, ce n’est pas drôle tous les jours.
Il s’approcha de Brunet et le secoua par les épaules : il l’aimait très fort.
- Sacré vieux racoleur, lui dit-il, sacrée putain. Ca me fait plaisir que tu me dises tout ça.
Brunet lui sourit distraitemnt : il suivait son idée. Il dit :
- Tu as renoncé à tout pour être libre. Fais un pas de plus,  renonce à ta liberté elle-même, et tout te sera rendu.

—-

- Naturellement, ce sera un petit whisky bien tassé, affirma le barman.
- Non, dit sèchement Daniel.
“Qu’ils aillent se faire foutre avec leur manie de cataloguer les gens comme si c’était des parapluies ou des machines à coudre. Je ne suis pas… on n’est jamais rien. Mais ils vous définissent en un tournemain. Celui-ci donne de bons pourboires, celui-là à toujours le mot pour rire, moi, j’aime les petites whiskies bien tassés. “
- Un gin-fizz, dit Daniel.

—- 

Mathieu regarda sa montre : “dix heures quarante, elle est en retard”. Il n’aimait pas qu’elle fût en retard, il avait toujours peur qu’elle ne se fût laissé mourir Elle oubliait tout, elle se fuyait, elle s’oubliait d’une minute à l’autre, elle oubliait de manger, elle oubliait de dormir. Un jour elle oublierait de respirer et ce serait fini.

——

Ivich regardait à ses pieds d’un air fermé.
- Il doit m’arriver quelque chose.
- Je sais, dit Mathieu, votre ligne de vie est brisée. Mais vous m’avez dit que vous n’y croyiez pas vraiment.
- Non, je n’y crois pas vraiment… Et puis il y a aussi que je ne peux pas imaginer mon avenir. Il est barré.
Elle se tut et Mathieu la regarda en silence. Sans avenir… Tout à coup il eut un mauvais goût dans la bouche et il sut qu’il tenait à Ivich de toutes ses forces. C’était vrai qu’elle n’avait pas d’avenir : Ivich à trente ans, Ivich à quarante ans, ça n’avait pas de sens. Il pensa : “Elle n’est pas viable.”

Jun
17th
Wed
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Journal d’un malade


(Pavillon de neuro-théologie)

Et ça continue… Ils me séquestrent dans mes cellules nerveuses.
Chaque jour, ils en ouvrent une autre et attendent que je me précipite.
Mais ils ont beau hocher leurs petites têtes chercheuses, j’ai plus d’un tour de clef dans mon sac d’idées. Pas si fou !
J’entends les chats du pavillon d’à côté. Ils sont couronnés d’électrodes, n’arrêtent pas de miauler et ils miaulent tellement sinistre que, des fois, ça me fait pleurer.
“Eux”, ils disent qu’ils leur font pas de mal mais simplement peur.
Bien sûr, je suis fatigue, tristesse et démoli trop fort et le matin me heurte et le soir m’appréhende. Mais la nuit je m’endors tout entier ou à moitié, et je dénoue en rève tout ce qu’ils tentent de nouer.

- Sainte ame, Journal d’un malade, Jacques Prévert

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Tant pis


Faites entrer le chien couvert de boue
Tant pis pour ceux qui n’aiment ni les chiens ni la boue
Faites entrer le chien entièrement sali par la boue
Tant pis pour ceux qui n’aiment pas la boue
Qui ne comprennent pas
Qui ne savent pas le chien
Qui ne savent pas la boue
Faites entrer le chien
Et qu’il se secoue
On peut laver le chien
Et l’eau aussi on peut la laver
On ne peut pas laver ceux
Ceux qui disent qu’ils aiment les chiens
À condition que…
Le chien couvert de boue est propre
La boue est propre
L’eau est propre aussi quelquefois
Ceux qui disent à condition que…
Ceux-là ne sont pas propres
Absolument pas.

- Tant pis, Jacques Prévert

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Je voudrais que quelqu’un m’attende quelque part


À l’armée, tu rencontres un beau ramassis d’abrutis. Je vis avec des mecs dont j’aurais jamais eu idée avant. Je dors avec eux, je fais ma toilette avec eux, je bouffe avec eux, je fais le gugus avec eux quelquesfois même, je joue aux cartes avec eux et pourtant, tout en eux me débecte. C’est pas la question d’être snob ou quoi, c’est simplement que ces mecs-là n’ont rien. Je ne parle pas de la sensibilité, non, ça c’est comme une insulte, je parle de peser quelque chose.
Je vois bien que je m’explique mal mais je me comprends, si tu prends un de ces gars et que tu le poses sur une balance, évidemment t’auras son poids mais en vrai, il ne pèse rien…
Y a rien en eux que tu pourrais considérer comme de la matière. Comme des fantômes, tu peux passer ton bras à travers leur corps et tu touches que du vide bruyant. Eux, ils te diront que si tu passes ton bras à travers leur corps, tu risques surtout de t’en prendre une. Ouarf ouarf.

- Je voudrais que quelqu’un m’attende quelque part, Anna Gavalda

May
22nd
Fri
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Lords and the new creatures


Urge to come to terms with the “Outside”, by absorbing, interiorizing it. I won’t come out, yo must come in to me. Into my womb-garden where I peer out. Where I can construct a universe within the skull, to rival the real.

- Lords and the new creatures, Jim Morrison

Feb
1st
Sun
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Ma vie mal dessinée


Je suis mort ici. Je crois. Dans cette petite villa de merde à deux niveaux - entourée de pins. Un saule que j’ai retrouvé dans ses cheveux.
Lui, là, c’est moi. Je suis mort dans mon lit d’été. Pauvre enfant.
L’homme dans le noir ne sais pas que je suis mort. L’homme dans le noir est stupide.
“Je le descend le gosse. Je te descend. “
L’enfant est déjà mort. Les menaces sont inutiles. Idiot.
L’homme dans le noir n’est pas venu pour l’enfant. Il est venu pour la soeur de l’enfant. La soeur de l’enfant est jeune et belle. Dans cette histoire, l’enfant, égoïste, lui vole le rôle principal.
L’enfant, égoïste, ne pense qu’à lui-même.
Il est égoïste.
Il est mort.

- Ma vie mal dessinée, Gipi

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Ensemble, c’est tout


Elles avaient entamé une deuxième bouteille quand il enleva son casque.
- Ben qu’est-ce que vous foutez là ?
- On mate un film de cul, ricannèrent-elles. On l’a trouvé dans ta chambre… On a eu du mal à choisir, hein Mimi ? Il s’apelle comment celui-là, déjà ?
- Enlève ta langue que je pète.
- Ah ouais c’est ça… il est super…
- Mais qu’est-ce que c’est que ces conneries ? J’ai pas de films de cul, moi !
- Ah bon ? C’est bizarre… Quelqu’un l’aura oublié dans ta chambre, peut-être ? ironisa Camille
_ Ou alors, tu t’es trompé, ajouta Myriam, tu croyais prendre Amélie Poulain et puis tu te retrouves avec Enlève ta
- Mais qu’est-ce que c’est que… il regarda l’écran pendant qu’elles pouffèrent de plus belle. Vous êtes complètement bourrées, oui !
- Oui… firent-elles, penaudes.

- Ensemble c’est tout, Anna Gavalda

Dec
6th
Sat
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L’amoureux


“Pfff ! Amoureux ça n’arrive jamais, a soupiré Marius.
- Si, ça arrive toujours !
- Et pour toujours !
- Ou pour cinq minutes ?
- Pour toute la vie !
- Oooh… mais c’est un peu long, non ?” a soufflé Salomé.

- L’amoureux, Rébecca Dautremer

Oct
23rd
Thu
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Découpé en tranches


Serge pleure parce que la vie est absurde…
Sophie pleure parce que le réalisateur a mis beaucoup de violons dans son film…
Arnaud pleure parce que personne ne partage son repas…
Le ciel pleure parce que j’ai décidé d’étendre le linge…
Nicolas pleure parce que son chien est mort…
Corinne pleure parce que Laurent sort avec Natacha…
Alexandre pleure pour essayer de ressentir la misère du peuple afgan…
Charles pleure parce qu’il veut regarder encore un dessin animé avant d’aller au lit…
Philipe pleure parce qu’Arthur lui manque…
Tagada pleure parce qu’elle veut à bouffer…
Marthe pleure parce qu’elle n’arrive plus à se souvenir qui elle attend…
Cynthia pleure parce que c’est écrit dans le scénario.

- Découpé en tranches, Zep
(bande dessinée)

(Je dénature pas mal le truc original en recopiant juste le texte comme ça, je crois… mais bon. Pour la compréhension, Tagada est un chat qui fait “meooow” et Cynthia est à la télé.)

Oct
20th
Mon
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Tu aurais pu


Tu aurais pu être éducatrice sociale, te retrouver dans une camionnette sur la route des vacances. Ton optimisme, ton volontarisme t’auraient valu le privilège d’être là, de te faire traiter de pute par des gamins de quatorze ans parce que tu leur aurais demandé d’éteindre le joint qu’ils s’étaient roulés.

- Jean Grégor, Tu aurais pu